Le 31 janvier 2019, la chapelle des Charpentiers, à Morges, est pleine de personnes de provenance diverses, professionnels de la santé notamment. Plus de cent personnes sont venues écouter des professionnels sur la question du suicide assisté. C’est la deuxième de quatre rencontres sur le sujet. La troisième sera consacrée au témoignage des proches, et la quatrième au débat éthique et spirituel.

 

  1. Patrick Forel, médecin généraliste relève avant tout le besoin des personnes âgées ou malades d’être entendues et rassurées quant à leurs peurs de la souffrance ou de la déchéance physique ou mentale. S’approchant de la fin de leur vie, ils recherchent la « mort heureuse ». Souvent, quand ils sont entendus, rassurés, accompagnés, ils ne recourent finalement pas au suicide assisté.

Pour mémoire, les conditions à remplir sont

  • la capacité de discernement
  • être porteur d’une maladie grave qui rend la fin proche
  • subir une souffrance
  • persister dans la demande
  • faire une demande libre d’influences de proches ou moins proches

 

Mme Sandrine Heuls, directrice d’EMS, rappelle que lorsque le débat politique a eu lieu, le refus de certains EMS d’accepter un suicide assisté dans leurs murs a conduit au dépôt d’une initiative votée en 2012. Les milieux de la santé se sont impliqués dans l’élaboration d’un contre-projet plus nuancé du Grand-Conseil, en faveur de l’obligation faite aux EMS publics d’accepter le suicide assisté. Suite à l’acceptation du contre projet, le Conseil d’Etat a édicté une directive.

Celle-ci précise que la personne doit déposer une demande écrite à l’attention de la direction de l’établissement ou de la direction des soins. Cette demande est transmise au médecin responsable qui vérifie, en concertation avec l’équipe soignante, voire le médecin traitant, le représentant ou les proches, selon les situations, que trois critères sont remplis :

  • La personne doit avoir sa capacité de discernement
  • Elle doit persister dans sa volonté de se suicider
  • Elle doit souffrir d’une maladie ou de séquelles graves et incurables 

Si des troubles psychiques ou des pressions externes sont suspectés, l’avis d’un expert psychiatre doit être sollicité.

Il incombe au médecin responsable de se déterminer par écrit envers le patient dans un délai maximum de quatre semaines selon la complexité du cas.

Durant ce délai légal de 4 semaines, il se passe beaucoup de choses. Peut-être la personne vit-elle en chambre double… Peut-être va-t-elle en parler aux autres résidents, à table. Les membres du personnel peuvent ne pas supporter l’idée d’être présents, et témoins d’une manière quelconque. Lorsque la date est fixée, la direction informe l’équipe. Le personnel ne participe à aucun moment. Par contre il sera là peut-être au dernier repas. Un membre de l’équipe a le droit de ne pas être présent.

Après le décès, la direction informe la police. Le chef infirmier prend soin de l’équipe. Deux inspecteurs de police en civil , et un médecin légiste viennent constater le décès. En effet il s’agit en terme légaux de « mort violente ». Tout cela doit être anticipé et organisé.

Quand la personne fait la demande, elle est prête, et il peut lui être difficile d’attendre quatre semaines. Ce temps est cependant utile, il permet l’écoute, la réflexion.

 

Mme Vantieghem, médecin cheffe des soins palliatifs, souligne que suicide assisté ou soins palliatifs ne sont pas aujourd’hui une simple alternative. La mort survient par la défaillance d’un organe irremplaçable, qui donne des symptômes plus ou moins douloureux. Généralement, le cheminement qui consiste à quitter la vie peut être évoqué avec les quatre éléments. La personne quitte d’abord la terre, dans le sens qu’elle perd la mobilité et cesse de parcourir la terre. Elle quitte ensuite le feu, c’est à dire ce qui donne l’énergie, l’alimentation. Puis c’est l’eau qu’elle quitte, la personne cesse de boire. Et enfin, elle quitte l’air, elle rend le souffle.

Le premier travail des soins palliatifs est d’atténuer les symptômes. Souvent la fin de vie est simple, et ne nécessite pas l’intervention de soins palliatifs, les patients sont soignés à la maison par exemple. Les soins palliatifs traitent des symptômes complexes demandant des compétences poussées. Il n’est pas exclu qu’un patient en soins palliatifs fasse appel à Exit, et les accompagnants d’Exit recommandent aussi les soins palliatifs. La confrontation idéologique des années 1990 et 2000 a fait place à une certaine reconnaissance mutuelle, le débat public a fait tomber les tabous et amené une certaine sérénité. De part et d’autre, on a abandonné la prétention de tout-puissance, et accepté que d’autres voies sont possibles.

L’attention est aujourd’hui plus centrée sur le désir et le besoin du patient. La personne est un tout, et sa vie est un continuum. On va l’écouter, et si elle ne peut plus s’exprimer, on va écouter ses proches. Quels sont les objectifs de la personne ? Que veut-elle encore vivre ? On va essayer de l’aider à les réaliser. On va peut-être lui faire une transfusion, pour lui permettre de sortir encore une fois, et vivre quelque chose d’important pour elle. Le message au patient est : « Votre vie a de la valeur jusqu’au bout, nous sommes là pour que vous puissiez faire du reste de votre vie quelque chose qui aura du sens. » C’est seulement la personne en fin de vie qui peut donner du sens à la vie qui est devant elle.

 

Mme Gabriela Jaunin, accompagnatrice d’Exit, prend la parole en dernier. Exit dispose de trois médecins conseil. Lorsque le médecin a donné son accord, un-e des 30 accompagnant-e-s bénévoles prend contact avec la personne. L’accompagnant va lui rappeler et lui proposer toutes les alternatives au suicide assisté. Il va demander à rencontrer les proches. Après un premier entretien, Exit ne reprend pas contact avec la personne.

La potion léthale nécessite une ordonnance. Si le médecin traitant ne veut pas la faire, un médecin d’Exit passera voir la personne. Si la personne demandeuse présente des troubles psychiques, Exit demande une expertise psychiatrique.

Sur dix personnes ayant demandé l’adhésion à Exit, l’association en accompagnera seulement 3 ou 4.

Après 3 ou 4 ans, la demande doit être réactualisée.

La personne décide du jour de son décès. Généralement, ce sera le matin. L’accompagnateur d’Exit ne peut être seul avec la personne demandeuse, il faut un témoin. En cas de nécessité, une perfusion peut remplacer le verre à boire, dans ce cas la personne doit bien sûr actionner elle-même la perfusion.

Après le décès, la police est appelée, un médecin légiste constate le décès. Le procureur est avisé. Il y a une mini enquête.

Le rôle d’Exit s’arrête quand la police et le médecin légiste s’en vont. Cependant, selon les cas, l’accompagnateur va rester et accompagner les proches s’ils le souhaitent.

Notes de François Paccaud